Avec un titre de comédie avec Pierre Richard, ce film de Joann Sfar propose un road trip mystérieux avec une jeune femme rousse échappée des années 70.

Le cinéma français réussit-il à nous proposer une sortie des codes du thriller soft ?

Synopsis

France, années 75/80. Dany est une jeune sténo qui travaille dans une agence de publicité parisienne pour monsieur Caravaille. Celui-ci lui demande un soir un travail supplémentaire et urgent à venir réaliser depuis son domicile, en banlieue. La jeune femme le suit jusqu’au pavillon qu’il partage avec sa femme Anita, une amie de Dany avec qui elle a été à l’école de sténographie. Lorsque son patron lui demande à nouveau une faveur – les conduire à l’aéroport – Dany ne va pas ramener tout de suite leur Ford Thunderbird turquoise chez eux. L’occasion est trop bonne pour le pont du 15 août : elle n’a jamais vu la mer.

Joann Sfar, dessinateur entre autres du Chat du rabbin, Petit vampire, Grand vampire, Socrate le demi-chien, une adaptation en bd du Petit Prince en 2008. Réalisateur en 2010 de Gainsbourg, une vie héroïque (César) et co-réalisateur en 2011 du film d’animation Le Chat du rabbin adapté de sa bd.

La Dame dans l’auto, c’est avec un casting soigné :

Freya Mavor, une écossaise de 22 ans pratiquement inconnue pour nous car échappée de la série binge défonce anglaise SKIN est une sorte de neo Marlène Jobert. Une belle grande rousse, au teint laiteux pailleté de taches de rousseur, aux jambes longues, cintrée dans une robe/trenchcoat.

Benjamin Biolay joue un salaud de cinéma, ambigu, le costard italien et la main pleine de bagues, un homme qui aime frapper les femmes sorti tout droit d’un film de George Lautner, un vampire dans l’ombre.

Stacy Martin, remarquée dans les deux volets de Nymphomaniac de Lars von Trier il y a 2 ans. Un physique troublant, à mi-chemin entre Eva Green et une Catherine Deneuve période Polanski.

Le film en lui-même est une adaptation du livre éponyme de Sébastien Japrisot. Cet auteur et scénariste de cinéma est apprécié puisqu’il a été déjà adapté pour Compartiments tueurs par Costa-Gavras, L’Été meurtrier par Jean Becker, Un Long dimanche de fiançailles par Jean-Pierre Jeunet.

On parle de nostalgie du cinéma des années 70, avec son horizontalité de Scope, ses couleurs saturées en enlevant la lumière. D’après les interviews données par Joann Sfar au Monde ou encore sur les ondes de Radio France, c’est surtout la seconde moitié qui est visée. En plein dans les 30 piteuses, du coup j’ai pensé à Série noire, ce film d’Alain Corneau de 1979 avec Patrick Dewaere. Certainement le pack voiture, imper, magouille. Et pourtant alors que Sfar s’est répandu dans les médias de toutes les références qu’il avait en tête pour ce film, celle-ci n’a pas été citée. Chabrol est invoqué pour les dialogues, Lautner pour les personnages masculins, Catherine Deneuve, Marlène Jobert, etc. Ce film est un patchwork, un fantasme. Et je trouve que ça marche plutôt bien. La musique est travaillée de telle sorte qu’elle vous rentre bien en tête et habille le côté un peu psychédélique (utilisation de flash forward) de l’intrigue de ce thriller un peu bancal si on s’y attarde. Le livre avait déjà été adapté au cinéma en 1972 par Anatole Litvak. Difficile de pouvoir le voir aujourd’hui, sans doute à cause d’un succès moyen pour ce film qui fait la part belle à son interprète principale. Si elle n’avait été rousse, j’aurais tenté de citer Hitchcock. Car après tout, des blondes qui n’en font qu’à leur tête, ne sont pas très honnêtes, il en a filmé pas mal.

Sfar se fait donc plaisir, lui philosophe, dessinateur, artiste qui se présente autant comme auteur de bd que comme réalisateur alors qu’il n’est finalement qu’un peintre qui se contente de travailler que d’après ses modèles. Pas de De Palma ou de Tarantino ici. Mais des velléités, ça sans doute. Un poil de Quentin Dupieux, l’humour décalé en moins.

Restent les costumes, la photo, les personnages vintage, des acteurs à guetter : je parle des demoiselles car Biolay a prouvé qu’il savait travailler à la composition de ses personnages.

J’émets beaucoup de réserve mais finalement la cohérence de ce film mineur l’emportera grâce à la nostalgie clichay qu’il réussit à transporter dans les salles obscures.

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