Festival Mauvais Genre 2013 jour 3/6

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Mauvais-GenreVendredi est le jour le plus attendu de la programmation de Mauvais Genre puisque sa fameuse Nuit Interdite est toujours pleine de promesses !

Y aura-t-elle répondu cette année au nouvel Olympia ? Je vous dis ça.

Les hostilités ont commencé en début d’après-midi avec un film qui se serait bien prêté à une projection nocturne. J’y suis allée peu engagée par la présentation rapide qui m’en avait été faite : celle d’un giallo qui lorgnerait vers un slasher sauce torture porn. Il faut dire que les mots « night-club échangiste dirigé par un gourou tibétain » du programme du festival me laissaient craindre du fun des scènes de malaise.

Et bien vous savez quoi ? Je me suis trompée ! Enfin jusqu’à ce que le twist final soit dévoilé…

TulpaTULPA
Réalisation : Federico Zampaglione
Scénario : Federico Zampaglione et Dardano Sacchetti
Casting : Claudia Gerini, Ivan Franek, Nuot Arquint, Giorgia Sinicorni
Genre : Drame, thriller, giallo
Année : 2012
Durée : 90 min
Format et nationalité : Long métrage italien

Synopsis
Une série de meurtres commis par une personne mystérieuse et sadique semble frapper des hommes et des femmes reliés par une sobre petite carte de visite en leur possession.
Pendant ce temps-là, Lisa, agent de change ambitieuse et visionnaire d’une société internationale, fréquente le soir le “Tulpa”, un club privé hédoniste et libertin, dirigé par un lama tibétain. Celui-ci enjoint en sa qualité de gourou Lisa de s’ouvrir à son tulpa.

tulpa-lisa

Vendu comme un giallo gore, je m’attendais clairement à du viol craspec et à des meurtres sortis de Maniac (version Lustig, auquel j’ai beaucoup pensé). Si l’esthétique générée par une photographie respectueuse du genre codifié du giallo et une steadicam bienvenue est compétente, on n’atteint pas là le niveau du film Amer de Hélène Cattet et Bruno Forzani. Mais ne soyons pas trop dur/es, le film tient la route dans l’ensemble. Eh oui car l’écueil est l’issue : on nous balade avec de gros sabots, afin de tenter de deviner à l’avance qui tue. Et le scénario ne vaut là pas autant qu’une bonne partie de Cluedo ! Dommage car l’introduction exotique d’une notion ésotérique tibétaine avait de quoi réjouir. Le tulpa du titre correspond à une entité créée à partir de l’énergie générée par un égrégore (genre technique de projection astrale shamanique). La mystique incarnée par Nuot Arquint (quel physique ! quelle diction !) aurait pu fonctionner, doublée de scènes pseudo érotiques bisexuelles un brin sm (enfin surtout fétichiste, mais ne boudons pas notre plaisir de voir du boundage – même cheap – au cinéma. Anyway).
Un téléfilm luxueux que je ne regrette pas, malgré une fin… décevante et ridicule.

Changement d’univers ensuite puisqu’on touche à la mise en abîme la plus profonde possible : réuni/es pour regarder des films, nous accédons à l’envers du décor de ces productions cinématographiques.

Ok-goodOK, GOOD
Réalisation : Daniel Martinico
Scénario : Daniel Martinico, Hugo Armstrong
Casting : Hugo Armstrong
Genre : Drama
Année : 2012
Durée : 80 min
Format et nationalité : Long métrage américain

Synopsis
Plongée dans le quotidien, la routine lancinante, du comédien Paul Kaplan dont toute l’existence est vouée à sa carrière. Hélas il n’enchaîne que de petits castings publicitaires et auditions, sans succès. Pourtant il met toute son énergie dans cette entreprise ambitieuse : réussir !
Chroniques de l’échec.

OK-Good-you-stink
You stink !

Un film autiste, douloureux, critique. L’American Dream fait encore courir et s’est exporté mondialement. En de nombreux points respectueux du Dogme 95 danois (Lars von Trier, Vinterberg), on assiste à une vision à mi-chemin entre le nouveau cinéma naturaliste et un documentaire. Co-scénariste et acteur, Hugo Armstrong offre une performance stakhanoviste avec pour seule musique new age, un programme de coaching audio pour Sisyphe moderne, version assistée de la méthode Coué. Si celle-ci est à l’origine une approche positive, ici on comprend rapidement la solitude prégnante à une destinée vide et sans issue telle que celle de ce Paul Kaplan (son nom est régulièrement scandé dans le film, comme pour se prouver la réalité de son existence). Le malaise est d’autant plus accentué que la rage accumulée (constatée pendant les deux premiers tiers du film) explose littéralement et consciencieusement (l’intégralité du dernier tiers !) en une destruction, un nihilisme, irréversibles. Njut !

À réserver à un public introspectif. Mais au final critique rigoureuse de la vacuité et de la fatuité de notre société occidentale contemporaine.

 Pour rester dans l’envers du décor, la suite du programme a été une conférence de Juan Solanas, le réalisateur d’Upside Down, film présenté lors de l’ouverture du festival en avant-première.

Upside-DownSous la forme d’une master class, nous avons pu aborder une partie de la genèse du film. Issu du circuit indépendant (sponsorisé par les préventes) – ce que son esthétique, je l’admets, n’indiquait pas, cette réalisation doit son soutien à Onyx Films (relayée par la Warner pour la distribution, on ne peut pas faire de blockbuster sans les ricains).

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Après vingt ans comme opérateur caméra, Juan Solanas a eu l’idée d’une histoire d’amour impossible dont la singularité réside dans ce qui va se définir comme une double gravité. Synopsis insolite s’il en est, carrément improbable à réaliser au cinéma mais pas impossible puisque le réalisateur d’origine argentine (vous comprendrez le tango qu’on aperçoit dans le trailer) va même vouloir tourner une majorité des trucages en live ! En partant d’une illustration d’Alex de Broca, il va concrétiser sa vision grâce à des logiciels comme Softimage (animation 3D) et un story board. Ce seront ses seuls filets pour un tournage de 54 jours seulement.
Il faudra compter sept longues années avant que le film ne soit diffusé en France (sortie officialisée nationalement pour le 1er mai 2013). Pourtant le long périple de sa diffusion sur grand écran, avec son cortège de complications au niveau de la distribution, n’a pas été expliqué durant cette conférence qui préférera s’orienter sur l’univers graphique, les effets spéciaux, les questions du public restant surtout techniques. Dommage car selon certaines sources, le film serait terminé depuis… deux ans !!

Upside-Down-Illustration

À noter que le site Hocus Focus met à disposition l’ensemble de la conférence sur Youtube. De très belles images sont visibles, qu’on retrouvera je l’espère dans les making-off des éditions dvd et bluray.
Juan Solanas est aussi le réalisateur d’un court métrage qui mérite le détour, L’homme sans tête.

Pas le temps de souffler ! Entre deux gouttes d’eau, j’ai quitté le site du nouvel Olympia pour gagner la mairie de Tours. Le vernissage de l’exposition Non conformes ?

Au premier étage du bâtiment historique de la mairie se tenait donc une petite installation : principalement une trentaine de portraits sur fond blanc, commentée par une phrase dont chaque modèle était auteur/e. Une note d’intention les accompagnait et Lætitia Gastini alias K_pture, artiste photographe, s’est fendue de quelques mots aux visiteur/es présent/es.

non-conformes

Je dois admettre que je n’ai pas été touchée par l’installation. Parce que mal aisée à visiter, modeste tout d’abord et surtout qu’ayant étudié l’histoire de l’art – notamment l’art contemporain (photo mais surtout vidéo, mais j’y reviendrai), je me suis permise mentalement d’être critique. Admirative des travaux d’autres grandes photographes émouvantes et perturbantes telles que Cindy Sherman ou Nan Goldin, je n’ai pas été ici surprise. La démarche et la technique ne m’ont pas apparu si originales que ça, d’autant plus que le projet photo avait vocation à être militant : une dénonciation finalement assez convenue car non exhaustive, de la normalisation de la société actuelle et de ses préjugés (encore que c’est nier beaucoup d’évolutions…). Les modèles choisis pour leur orientation sexuelle (homosexuel/les, bisexuel/les, travesti/es, transexuel/les… et les transgenres ?) me semblant un point de vue excluant (même si j’y reconnais de nombreuses connaissances). Et si je me permets d’exprimer ce malaise, c’est au titre de pansexuelle cisgenre qui tente quotidiennement de s’interroger avec le spectre le plus large que mon intelligence et ma sensibilité puissent me permettre (c’dire si c’est limité haha !) sur le genre, la sexualité, le sexe, l’attitude, le regard, etc.

Je ne vais pas m’étendre ici. Par honnêteté, je vous avouerai que je ne me suis pas attardée plus d’une vingtaine de minutes et que mon ressenti est finalement assez instinctif. Je suis néanmoins allée voir les autres travaux de la photographe, artistiques et alimentaires. J’ai été davantage touchée par ces derniers. Comme quoi…

Site artistique
Site studio pro

Retour au festival en lui-même ! Car le gros morceau restait à venir !! La Nuit Interdite !!! (ayé, j’ai épuisé mon stock de points d’exclamation)

Enchaînement de deux courts métrages : Tout doucement tout d’abord, de Damien Boulier présent avec un de ses deux acteurs, Rodolphe Couthouis (Aurélie Boquien étant absente). Une histoire de séparation douloureuse et difficile, très difficile. Comédie grinçante avec des acteurs bien choisis. Point noir : la chanson éponyme toute la semaine en tête…

Avec Game de Josh MacDonald, il s’agit surtout d’un jeu du chat et de la souris. Mais n’est pas chasseur qui croit l’être…

Passons au plat de résistance réjouissance !

The-BatteryTHE BATTERY
Réalisation et scénario : Jeremy Gardner
Casting : Jeremy Gardner, Adam Cronheim, Niels Bolle
Genre : Comédie dramatique, aventure, post-apo, survival, huis clos, zombie
Année : 2012
Durée : 101 min
Format et nationalité : Long métrage américain

Synopsis
Deux joueurs professionnels de baseball, Ben et Mickey, traversent les bois de la Nouvelle-Angleterre (USA) en suivant de loin les routes secondaires. Ils tentent ainsi de tenir à distance les zombies qui traînent principalement dans les zones urbaines. Pour survivre, ils doivent surmonter leurs différences de personnalité : ainsi Ben semble devenir de plus en plus sauvage et nomade, sans foi ni loi, tandis que Mickey ne parvient toujours pas à accepter les dures réalités du nouveau monde, aspirant à davantage de confort. Un lit, une fille et un endroit sûr où vivre.
Quand ils interceptent une transmission radio issue d’une communauté d’apparence prospère et protégée, Mickey est prêt à tout pour la trouver, même s’il est parfaitement clair qu’ils ne sont pas les bienvenus.

Je suis enthousiaste pour ce film dont c’était la première française, qui a été récompensé par le prix du public et a récolté deux mentions spéciales des jury jeune et pro. Une belle moisson de Pâques !
Le zombie flick étant mon domaine de prédilection, je vous propose de lui accorder tout un article – il y a tant à dire de ce petit film tourné en 15 jours pour 6.000 dollars avec un reflex Canon 5D – dans quelques jours, dès que j’aurai fini de restituer le journal du festival.
En attendant je vous laisse découvrir le trailer de ce petit bijou bucolique.

Petite pause court métrage par la suite, douce et légère comme un parpaing dans ta gueule. Quoi ? On a perdu Gribbsie ? Eh bien non, c’est juste le grand retour de deux des trois grands malades (réjouissants David Munoz et Adriàn Cardona) papas de Brutal Relax. Et leur nouveau bébé porte le doux nom de… Fist of Jesus !!

fist-of-jesus fist-of-jesus-2

Pour le synopsis, faisons bref : Jésus s’emmêle les miracles alors qu’il ordonne à Lazare de se lever et marcher…

Un exemple vaut cent mots. Regardez donc la précédente réalisation de cette team espagnole en 2010.

Retour aux longs métrages pour une nouvelle avant-première. Aïe ! Pas pour le meilleur hélas…

13-EERIE13 EERIE
Réalisation : Lowell Dean
Scénario : Christian Piers Betley
Casting : Brendan Fehr, Michael Shanks, Brendan Fletcher, Nick Moran, Jesse Moss, Katharine Isabelle
Genre : Horreur, survival, zombie
Année : 2012
Durée : 86 min
Format et nationalité : Long métrage canadien

Synopsis
13 Eerie est une ancienne zone pénitentiaire de haute sécurité perdue au milieu des marais et où la rumeur prétend qu’il y aurait eu des expériences glauques sur des prisonniers. Pour l’atteindre, il faut naviguer en barque puis rouler dix minutes. Loin donc. Et pourtant c’est dans ce trou paumé que vont venir s’enterrer six étudiant/es aspirant/es légistes pour un test grandeur nature avec un professeur du FBI. Trois cadavres ont été placés en situation. Mais bientôt des cadavres supplémentaires vont apparaître et ceux-ci sont animés et affamés. Enjoy !

Alors là je vais vous la faire brève : j’ai détesté ce film ! L’expression consacrée serait « pain in the ass ». Accumulation de clichés, d’acteurs dont le modèle est Mark « One expression face » Wahlberg. Okay y a du sang noir façon Dark Souls, des effets gore old school bienvenus mais pas suffisants. Une seule scène d’action survival vaut vraiment le coup, pour son agrafage de la joue d’une collègue zombifiée avec un barreau de chaise (sur lequel elle glisse pour se libérer façon Braindead) et une tentative de décapitation avec une planche, mais hélas tout est oublié après une scène d’explosion d’un bus couché sur le flanc dans le dos des survivants qui comme dans un mauvais actioner continuent à marcher stoïques, à peine décoiffés. Zap !

À noter que le film est déjà disponible en dvd au Canada. À petit prix.

Instant léger ensuite, avec J’capote de Philippe Boissier. Grosse blague sur le mode Alors, heureuse ?

saw misgivingsPlus intéressant, le pastiche domestique britannique de la saga Saw : Saw Misgivings de David Lilley. Comédie pince-sans-rire qui vire à l’absurde, si le public n’a pas eu l’air d’accrocher, il m’a réconcilié avec les joujoux de Jigsaw.

Pour les plus courageux/ses, la nuit s’est terminée avec un plaisir coupable, qui sentait bon les années 80’s, le retro gaming et la location de vhs.

MANBORGMANBORG
Réalisation : Steven Kostanski
Scénario : Steven Kostanski et Jeremy Gillespie
Casting : Matthew Kennedy, Adam Brooks, Meredith Sweeney, Conor Sweeney, Ludwig Lee, Jeremy Gillespie, Andrea Karr, Mike Kostanski
Genre : Action, aventure, comédie, fantaisie, parodie, horreur, science-fiction
Année : 2011
Durée : 75 min
Format et nationalité : Long métrage canadien

Synopsis
La Terre a été envahie par les armées de vampires nazis du Comte Draculon. Un soldat tente désespérément de le défaire, mais il échoue et est laissé pour mort. Son corps est récupéré et upgradé. Il devient alors une créature mi-homme, mi-cyborg : Manborg. Il revient à lui dans le futur et fait la rencontre de gladiateurs rebelles voués à combattre dans une arène télévisée : Justice, sa sœur Mina et « la grosse voix » (doublage) Number One Man. Ensemble ils vont faire tomber la dictature infernale.

Manborg-2

Manborg, production d’Astron-6, petit copain canadien de la Troma ! Mélange apparemment indigeste pour le commun des mortels de jeu vidéo de final fight old school (le jeu éponyme, Mortal Kombat, etc.), de comics (Metal Hurlant), d’animés japonais violents (Ken le survivant, pour ne pas le citer) et des actioners US et sud-asiatiques vendus au poids dans les années 70-80, Manborg c’est le rêve régressif de toute personne qui a la nostalgie des magasins de location vidéo, aux States comme en Europe (remember Frank Henenlotter). Avec des passionnés aux commandes, qui répondent présents à tous les postes et des acteurs qui ressuscitent les grandes gloires passées. De la gloumoute en stop motion, des warriors incarnés sans complexes, des sfx peints sur la bande… C’est généreux, y en a pour tout le monde : le minimalisme des moyens est à la base du charme de ce gigantesque fan film, hommage à une véritable pop culture, ou plutôt punk. Jusqu’au-boutiste dans la façon de formuler l’avertissement copyright, le concept atteint son pinacle lorsqu’apparaît dans la tradition de la bande d’exploitation le trailer d’un autre film de la même production : Biocop ! Et là l’hommage à des films comme Street Trash (un must watch !) est complet, avec ce super anti-héros aux supers pouvoirs et à la super envie de crever. Mais c’est une autre histoire…

La nuit s’est terminée à 3h du matin. Une bonne heure pour les braves. Il restait encore trois jours.

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