Oblivion, le reader’s digest de la SF

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Oblivion-coverÀ l’occasion de l’émission Plan Séquence de Radio Campus Tours (tous les jeudi soir à 19h) où je suis la caution « films de genre », j’ai décidé pour une fois de me décider à aller voir Oblivion, le gros film de SF sorti le 10 avril, avant qu’il ne soit retiré de l’affiche (car souvent je me fais avoir, j’ai toujours été longue à la détente).

Je vous fais la petite fiche technique – histoire de – que je commenterai ensuite, vous verrez.

Oblivion-2Réalisation : Joseph Kosinski
Scénario : Joseph Kosinski, Karl Gajdusek, Michael Arndt
Photographie : Claudio Miranda
Format et nationalité : long métrage américain
Durée : 124 minutes
Sortie cinéma France : 10 avril 2013
Casting : Tom Cruise, Morgan Freeman, Olga Kurylenko, Andra Riseborough, Nikolaj Coster-Waldau, Melissa Leo
Musique : Anthony Gonzales (du groupe électro français M83), réarrangée par Jospeh Trapanese

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Les différentes affiches d’Oblivion

À noter que Kosinski adapte là un comic-book éponyme dont il est co-auteur avec Arvid Nelson et Andree Wallin (artiste 2D) au dessin.

La photographie sublime vient du travail de Claudio Miranda, qui a eu droit aux honneurs avec un Oscar de la meilleure photo venue récompenser celui sur L’Odyssée de Pi d’Ang Lee en 2012.
J’aurais quelques mots à ajouter à propos du casting, mais je préfère vous inviter à écouter l’émission Plan Séquence où j’en parle.
1ère semaine d’exploitation = Bam ! 600K entrées [Edit : il frise le million pour la quinzaine]. Le film a su trouver son public avant l’arrivée du très attendu remake d’Evil Dead (je vous avoue que moi-même… enfin, vous verrez bien la semaine prochaine betit/es imbazien/tes !). C’est qu’il va falloir qu’il rapporte : après le budget de 180 millions de dollars de Tron Legacy, Kosinski roule librement en coprod avec 120 millions. Et on les voit à l’écran !

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Synopsis
2077. Les Terriens ont gagné leur combat contre une invasion extra-terrestre des Scavs. Mais ils y ont perdu leur planète. Celle-ci est devenue inhabitable, un désert avec des endroits radioactifs. L’humanité a migré sur Titan, satellite de Saturne. Mais pas tous.
Jack et Vic forment une « effective team » : lui répare les drones qui protègent l’extraction des ressources vitales (l’eau notamment) et elle le couvre depuis la base en étant ses yeux.
Un vaisseau spatial se crashe alors qu’ils sont à quinze jours de rejoindre la colonie. Pour protéger une survivante en stase dont il rêve toutes les nuits, Jack va désobéir.

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Esthétiquement très beau, Oblivion pourrait être LE film de Science-Fiction à emmener sur une île déserte, si tant est qu’il y ait un lecteur dvd/bluray, un écran géant et bien sûr l’électricité. On hésite entre plagiat monstrueux et boursouflé et hommage naïf et maladroit.
Tom Cruise est – encore une fois ! – le type moyen, entre deux âges, qu’on croit docile mais qui porte en fait en lui les graines de la contestation. Il vit avec une femme, sa co-équipière, confinée à son panneau de contrôle dans leur cocon-conapse (avec piscine suspendue, quel luxe !).

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Archétype de la femme-objet, au foyer, soumise à l’étiquette militaire et à une certaine morale intangible mais rigide du Tet, la base de commandement, elle est en compétition directe avec la femme désirée, fantasmée, qui hante les rêves de Tom Cruise (Coucou La Jetée !). Lui est un ingénieux-pilote-mécanicien-nostalgique, qui répare des robots technologiquement très avancés avec un simple chewing-gum. Anyway. Elle est la tête et lui les jambes, pour être une « bonne équipe ».

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Jalousie, survie, oubli (signification anglaise du terme oblivion – rien à voir avec Avalon hein !), on a là une thématique version humaine de Hal 9000. La référence n’est pas sortie de nulle part : 2001, l’odyssée de l’espace de Kubrick étant omniprésent. Difficile en effet de ne pas penser à ce bon vieux Hal lorsqu’on voit un robot avec un œil rouge (moi-même, je m’attends souvent à ce que mon ascenseur parlant me dise un jour : « Sorry Gribbsie, I’m afraid I can’t do that »). Il y a cependant un gage de bonne volonté : pour montrer qu’on ne copie pas bêtement, on passe d’un parallélépipède rectangle noir à un tétraèdre blanc. Ça n’a absolument rien à voir ! (sic)

On regrettera aussi le traitement « plantes vertes » des seconds rôles (celui de Morgan Freeman n’est pas plus épais que ce qu’on voit dans le trailer). Expédiés alors que le film dure deux heures (j’insiste), la faute en incombe peut-être à la première heure d’exposition un poil trop longue, avec une insupportable voix-off cynique qui explique tout. TOUT.
Sans spoiler une seule seconde – ou alors sans le faire exprès – je dirai que le dernier tiers arrive à mixer les twists de fin de grands films de SF, surtout du Moon de Duncan Jones avec Sam Rockwell et de façon plus surprenante quelque part de Wall-E de Pixar. Je résumerai mon impression par un : « C’est 2001 mangé par Tron » (notez d’ailleurs ici la richesse de mon argumentaire).
La meilleure réplique du film restera : « Je t’ai créé, je suis ton Dieu ! », phrase assez obscure qui ressemble davantage à une parodie de blasphème tiré de Mary Shelley ou de Lovecraft qu’à un scénario SF d’envergure.

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Alors dommage, Oblivion est le film qui permettra sans doute à des personnes peu familières de la Science-Fiction de s’y mettre en très peu de temps, grâce à l’aide de ce Reader’s Digest ou André Rieu du cinéma Fantastique. Merci à Tom Cruise, c’est pour ça qu’il m’est arrivé de dire que la Scientologie sauvera la SF post-apo alien. C’est quand même la version la plus gratinée de l’ufologie ! De plus le concept de la survie d’un individu fondamentalement bon est assez courant dans ce genre. Et encore ! Will Smith et son fils arrivent avec After Earth le 5 juin !
Le film semble conçu pour le plus grand nombre, d’abord avec ses 50 ans de références de cinéma de Science-Fiction (voir en bas de cet article), mais aussi en expliquant bien trop en détail et longuement les conséquences de son twist. Plus fort que la Bible, un seul livre change tout. Lays of Ancient Rome de Thomas Babington Macaulay : quelques lignes d’Horatius tirés des récits poétiques de l’ancienne Rome et la prise de conscience de Tom Cruise se fait en s’appuyant sur la notion de sacrifice d’un seul au bénéfice du plus grand nombre… L’épilogue au thème malsain (‘vais pas tout vous spoiler non plus !) n’est pas exploité du tout. Et celui plus téléphoné (sentiment récurrent de ce long métrage) de la femme trahie pas abouti.
Alors qu’il devient difficile de s’affranchir facilement en tant que spectateur/trice des salles obscures de la 3D-payable-en-supplément, restent à Oblivion de très belles images en 2D  (même si la pléthore de plans des 3 expressions iconiques de Tom Cruise finit par lasser : du genre sourire all-bright, pas-de-recul pour l’étonnement et frustration souvent accompagnée de coup de poing dans un mur), notamment le panorama. On remerciera donc au passage l’Office de Tourisme d’Islande qui depuis 2010 essaie de rattraper le crash-communication de l’éruption du volcan-au-nom-imprononçable et à celui de Louisiane qui essaie de sauver ses mangroves depuis le passage de BP (marée noire) dans le bayou…

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Films cités maladroitement dans Oblivion
(dans un ordre aléatoire de qualité ou de date de sortie et que vous pourrez découvrir avec plaisir si vous avez malgré tout apprécié ce dernier)

2001
2010
(merci Arthur C. Clarke…)
Sunshine
Le Retour du Jedi
Battlestar Galactica (notamment la série 2004-2009)
Moon
La Jetée
L’Armée des 12 singes
Je suis une légende (2007)
La Planète des singes
I, robot
Wall-E (certains vont jusqu’à dire qu’Oblivion le plagie)
Prometheus
À l’aube du 6e jour
Matrix
Immortel
Tron
Tron Legacy
Double impact
Replicant
Total Recall
The Island

Si vous en voyez d’autres, n’hésitez pas à le dire en commentaires. Après tout, on n’est pas obligé/es d’être exhaustif/ves, mais on peut tendre à l’être.

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Et pour le plaisir malgré tout, quelques images du comic-book à l’origine :

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4 COMMENTS

  1. Merci pour cet éclaircissement, on se demandait justement pourquoi la chute était centrée sur un super robot tétraédrique x) Quand on voit comment le film a été construit, on en finit presque blasé et ce n’est pas parce-que je ne suis pas super fan de la SF en général (je préfère le fantastique) mais bien par rapport à ce qu’on nous a présenté au grand écran hier.
    Tu as à peu près résumé ma pensée. Je n’ai vraiment pas aimé dans le sens où le début était vraiment trop lourd, les intrigues posées n’ont pas été poussées jusqu’au bout sans compter toutes les situations téléphonées qui rendent le film vraiment indigeste. Trop américain, encore que, la première rencontre avec Morgan Freeman n’a finalement pas été synonyme d’explication de texte et vite expédiée je trouve – peut-être la seule chose rafraichissante au final.
    Sinon, ce serait pas mal si tu pouvais dire pour chacun des films référencés les différents moments clés d’Oblivion. Je n’en connais pas beaucoup mais peut-être que ça pourrait encourager à les voir pour du coup.
    Good job en tout cas, continue comme ça !
    PS : Pour la blague, Oblivion est traduit ici par « Oubli ». Devant la caissière, ça faisait bizarre x)

  2. Haha! Tout ce long article pour chier sur un film, pourquoi pas!

    Bref, un article faussement passioné, faussement scandalisé avc des références de fanboy-geek prépubère. (2001, EvilDead –> wake up)

    Oblivion un plagiat de Wall-e? J’ai du rire pendant 10 min (merci BTW)

    Le cinéma est un objet d’étaude si tu veux ecrire dessus, pas juste un divertissement!

  3. Merci à toi d’être venu troller cet article issu de ma première chronique radio.
    Un lecteur reste un lecteur :D

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